Le 16 mai dernier, Christine Clerici et Frédéric Dardel se sont rendus à l’université King’s College London en réponse à l’invitation de son président, Ed Byrne. Une véritable opportunité de consolider les liens existants entre les trois établissements et d’en construire de nouveaux, avec la création de la nouvelle université comme ligne de mire. Antoine Cazé et Geoffrey Sockett, vice-présidents en charge des relations internationales à Paris Diderot et Paris Descartes évoquent les contours du partenariat que prévoit de conclure l’Université de Paris avec l’établissement britannique.

 

 

Le 16 mai dernier, Frédéric Dardel et Christine Clerici se sont rendus à King’s College à Londres. Quel était l’objet de cette visite ?

A l’initiative des Anglais, cette rencontre avait pour principal objectif d’échanger autour du déploiement d’un partenariat privilégié entre le King’s College et la future Université de Paris. Cette rencontre officielle a marqué une étape importante dans un processus de rapprochement, lancé il y a quelques mois par l’université Paris Diderot.

Au-delà des relations interuniversitaires, cette rencontre revêtait également une dimension politique. Jean-Pierre Jouyet, ambassadeur de France au Royaume-Uni, a tenu à King’s College un discours devant nos présidents. En effet, depuis le 23 juin 2016, date du référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne, les universités britanniques mettent tout en œuvre pour que les relations perdurent avec leurs homologues européens. Proactives, elles tentent de se positionner avant que le Brexit ne soit proclamé. Et nombreuses sont celles qui ont d’ores et déjà signé des accords de grande envergure en Europe ou qui cherchent à développer des outils renforçant leurs collaborations (PhD communs, doubles diplômes, chaires d’excellence…). Il ne faut pas oublier que le Royaume-Uni est le premier pays à participer aux programmes de recherche européens, et que pour les Anglais, la France reste la première destination des mobilités étudiantes.

Le 16 mai 2018, des engagements ouverts ont été pris par les trois présidents. L’objet du partenariat, bien que ses contours ne soient pas pleinement définis, prévoit des mobilités croisées entre enseignants-chercheurs dans le cadre d’appels à projets soutenus par les deux parties. L’objectif est d’encourager les collaborations existantes, d’en entamer de nouvelles afin de développer, sur cette base, des programmes de mobilité étudiante et des collaborations de recherche.

Dans le dossier IDEX, le projet université de Paris s’appuie sur l’exemple du King’s Collège. Qu’est ce qui rapproche ces deux établissements ?

Nouer des liens entre King’s College et la future Université de Paris, c’est développer une relation stratégique entre deux établissements qui partagent de nombreux points communs. « L’identité de King’s College, tout comme celle de l’Université de Paris, est ancrée dans la ville. Si nous souhaitons donner de la consistance à notre marque, nous avons intérêt à travailler avec une université qui présente les mêmes synergies avec son environnement urbain. D’autre part, King’s College est inévitablement un établissement multi-site, à l’image de ce que sera l’université de Paris en janvier prochain. » expliquent Geoffrey Sockett et Antoine Cazé.

Mais les similitudes entre les établissements parisiens et londoniens ne s’arrêtent pas là. De part et d’autre, les sciences médicales occupent une place importante et les rapprochements scientifiques semblent évidents.

Au-delà de la médecine, des liens très étroits se sont construits entre Sciences Po et le King’s College, et tous deux y tiennent particulièrement. Pour Antoine Cazé « ce partenariat pourrait être un cas d’école quant aux relations qui pourraient exister, après la création de l’Université de Paris, avec nos partenaires privilégiés au sein de USPC. ».

Existe-il d’ores et déjà des relations entre les universités Paris Diderot, Paris Descartes et King’s College ?

Du côté de Paris Descartes, il existe un master en droit de la santé cohabilité avec le King’s College London et l’université de Neuchâtel en Suisse. Du côté de Paris Diderot, plusieurs projets de cursus en partenariat et de double diplôme sont en cours. Un master cinéma, devrait ouvrir en 2019. Des projets dans le domaine des humanités médicales sont sur le point d’aboutir et il existe un partenariat académique avec des professeurs de littérature comparée. Enfin, Paris Diderot et King’s College font toutes deux partie de la Guilde des universités européennes de recherche.

Quant à Jonathan Weitzman, porteur de l’EUR G.E.N.E (Génétique et Épigénétique Nouvelle École) cohabilité par Paris Diderot et Paris Descartes, il a d’ores et déjà exprimé sa volonté de développer les relations internationales de son École universitaire de recherche à travers des partenariats avec l’institution londonienne.

Avec l’objectif de signer un accord à l’automne, un comité de pilotage est en cours de constitution pour définir de manière plus précise le périmètre du partenariat entre les universités. Il sera composé des vice-présidents relations internationales et de collègues représentant la diversité disciplinaire des trois universités.

Lorsque les présidents évoquent la volonté de « construire une relation triangulaire avec Londres et Berlin sur la base des partenariats existants », qu’est-ce que cela veut dire ?

Identifiée par son ancrage dans la capitale dont elle porte le nom, l’université de Paris entend nouer avec quelques universités similaires, à Londres et à Berlin, des relations riches de toutes les facettes de ses activités.

« Avec Berlin, nous partageons le centre de santé publique Virchow-Vilermé. Par ailleurs, le système universitaire allemand et celui qui se rapproche le plus du système français, en comparaison avec les autres systèmes européens. Nous avons la volonté de développer des accords à plusieurs niveaux avec Humboldt et Freie, les deux universités berlinoises. » indique Geoffrey Sockett.

Développer les liens entre les trois capitales est dans l’intérêt de tous. Le travail engagé devra être poursuivi dès la création de l’Université de Paris. Pour autant, cette relation triangulaire ne peut se confondre avec une stratégie européenne globale ou un projet d’université européenne de recherche, notamment en raison de la proclamation probable du Brexit.

Pour les deux vice-présidents, « La question de la stratégie européenne globale de l’Université de Paris doit être très sérieusement pensée. Au-delà de nos multiples accords en Europe, nous avons tout un écosystème à construire. Nous devons être inventifs et capitaliser sur les autres partenariats développés comme ceux que nous partageons avec l’Italie ou les pays Scandinaves. »


Antoine Cazé et Geoffrey Sockett