Le 18 décembre dernier, USPC déposait à l’Agence nationale de la recherche un nouveau projet d’Initiative d’excellence « Université Paris 2019 » qui prévoit la création d’une université cible née de l’IPGP, Paris Descartes et Paris Diderot. Fers de lance de ce nouvel établissement, Marc Chaussidon, Frédéric Dardel et Christine Clerici nous présentent, à trois voix, le plan de transformation.

 

 

 

 

Maintenant que le dossier IdEx a été déposé à l’ANR, comment engagez-vous le processus de transformation ?

Christine Clerici
Pour nous, le processus de transformation est un déploiement à long terme qui sera conduit sur plusieurs années, avec des jalons phares et un développement progressif pour atteindre un fonctionnement optimal à l’horizon de notre prochain contrat quinquennal (2019-2023). La nouvelle université sera créée au 1er janvier 2019, c’est une première étape, un acte politique et juridique. D’ici là, nous commençons à déployer notre projet, mais beaucoup de chantiers qui auront été débutés en 2018 ne seront pas forcément aboutis en 2019.
Notre objectif pour ces prochaines semaines est d’identifier un chemin qui précise les différentes étapes à mettre en place courant 2018 pour assurer la création du nouvel établissement au 1er janvier 2019. La paie des personnels à la fin du mois de janvier 2019 en est un exemple concret.
Pour élaborer cette démarche de transformation, nous avons créé un comité de pilotage composé des deux présidents d’université, du directeur de l’IPGP, des directeurs généraux des services, des directeurs et chefs de cabinet et du responsable de l’équipe projet. Nous nous réunissons tous les mardis pour travailler sur la méthodologie à mettre en place. Parallèlement, une équipe projet en cours de constitution sera installée à l’IPGP pour travailler sur la mise en œuvre cette méthodologie.
D’autre part, des groupes de travail seront lancés dès la fin du mois de février et auront pour mission de travailler sur des sujets essentiels tels que la rédaction des statuts ou le suivi des ressources humaines.

Vous êtes tous trois à la tête d’un établissement engagé dans le projet UP19. Comment vous positionnez-vous ?

Marc Chaussidon
Paris Descartes et Paris Diderot sont deux universités qui ont, historiquement, des liens très forts et une culture commune, via le secteur santé particulièrement. De la même manière, Paris Diderot et l’IPGP ont de solides interactions en matière de recherche et de formation. La réunion de nos trois établissements est une réalité. Nous partageons une vision commune de l’avenir et c’est ce qui facilite la co-création. Il y a une véritable ambition partagée pour cette université, même si l’IPGP conserve sa personnalité morale nécessaire à l’exécution de ses missions nationales.

Fréderic Dardel
Tous les trois, nous nous voyons quasi quotidiennement et nous formons un trinôme qui fonctionne. Nous allons ensemble rencontrer les communautés, nous participons à des séminaires de travail élargis avec nos équipes de direction. Nous sommes totalement impliqués et solidaires car nous sommes persuadés de l’importance, de l’enjeu et de l’ambition de ce projet. Ce travail de co-création est essentiel.

Christine Clerici
Nous sommes souvent interrogés, directement ou indirectement, sur le positionnement de chacun et le fonctionnement de notre trinôme. Notre fonctionnement collégial est une force, en lien avec l’histoire de nos établissements. Cet investissement collectif dans ce projet trouvera son prolongement dans le nouvel établissement. Nous y réfléchissons ensemble avec une attention portée à la stabilité du projet dans sa phase de mise en œuvre.

Désormais, comment allez-vous concrétiser la transformation de vos établissements ? Quelles sont les prochaines grandes étapes du projet ?

Christine Clerici
Les deux équipes que sont le comité de pilotage et l’équipe projet ont un rôle essentiel puisqu’elles sont chargées de définir le plan et la mise en oeuvre de la transformation. Nous avons un gros travail à mener autour de la finalisation des statuts parce qu’il s’agit d’un établissement expérimental et dérogatoire dont nous devons préciser certains aspects. Pour cela, nous sommes accompagnés par un conseiller d’État, spécialiste de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Ensuite, nous devons travailler à la définition, au rôle et au transfert des compétences au niveau facultaire. Nous devons proposer un cadre général pour la gouvernance de ces regroupements de composantes tout en laissant aux composantes un degré de liberté pour que leur spécificités disciplinaires s’expriment dans leurs conseils. Des séminaires facultaires et inter-facultaires seront organisés dans l’objectif de  favoriser la co-construction.

Comment préparez-vous l’implication des communautés dans la création du nouvel établissement ?

Frédéric Dardel
En ce début d’année, nous avons travaillé en périmètre étroit avec les équipes de direction pour définir une méthodologie, des étapes et un calendrier. Maintenant, nous allons mobiliser les communautés. Nous nous devons de leur communiquer l’avancée de ces premiers travaux et la direction dans laquelle nous souhaitons évoluer.
Par ailleurs, nous allons convier les équipes métier à travailler de nouveau ensemble. Nous allons systématiser le travail inter établissements sur les sujets primordiaux. Il s’agit spécifiquement des problématiques que nous devons résoudre avant le 1er janvier 2019 et avant la première rentrée universitaire en septembre 2019. Pour cela, nous allons mixer les équipes avec des comités de direction communs et faire en sorte que les directions métiers des services centraux se rencontrent et travaillent conjointement.

Christine Clerici
Avec Frédéric et Marc, nous animons des amphis d’information à destination des communautés, nous nous déplaçons dans chaque établissement pour présenter le projet et la méthodologie. Le site internet universiteparis2019.fr est un point d’entrée qui permet aux communautés de s’informer et de nous questionner. D’autre part, cette année sera parsemée de grandes étapes calendaires qui nous amènerons à entrer en contact régulièrement avec les personnels et les étudiants.

Dans un contexte de renouveau du paysage de l’Enseignements Supérieur et de la Recherche francilien, national et international, quelle sera la spécificité de l’université de Paris ?

Marc Chaussidon
Notre spécificité ? Une université pluridisciplinaire, qui réunit tout le spectre de formation et de recherche en allant des sciences exactes aux sciences humaines et sociales, avec un pôle en santé unique en France et en Europe et un institut de référence en sciences de la terre et des planètes. Et tout cela est très visible sur le plan national et international. Une fois créée, c’est une université qui aura, de par sa pluridisciplinarité et la qualité des laboratoires qui la constitueront, un poids important et un effet de levier sur l’avenir.

Que répondez-vous à ceux qui vous disent qu’il est impossible de créer un nouvel établissement au 1er janvier 2019 ?

Marc Chaussidon, Frédéric Dardel et Christine Clerici
Premièrement, nous y croyons et mettons tout en place pour que cela fonctionne. Et nous ne sommes pas seuls puisque, désormais, de nombreux acteurs sont sollicités, nous appuient, et s’efforcent à faire éclore ce nouvel établissement. Au vu de l’évolution des paysages ESR nationaux et internationaux, nous sommes persuadés que c’est un choix stratégique indispensable.

Comment comptez-vous accompagner les personnels dans cette transformation ?

Christine Clerici
Lors du vote de la feuille de route en janvier 2017, nous avons pris deux engagements : mener un dialogue social avec les personnels et mettre en place un comité de suivi RH qui accompagnera les transformations impliquant fortement les personnels. Le rôle de ce comité est d’identifier les difficultés ou les inquiétudes rencontrées sur le chemin de la transformation par les personnels administratifs, enseignants ou de recherche et de les accompagner tout au long du processus. Ce comité de suivi sera mis en place très rapidement, c’est l’un des premiers groupes de travail qui verra le jour.
Il est essentiel de pouvoir anticiper les inquiétudes des personnels en amont et particulièrement en matière de conditions et de postes de travail. Nous y sommes très sensibles et souhaitons prévenir au maximum les risques psychosociaux.

Frédéric Dardel
Le changement peut faire peur, c’est naturel, mais la création de cette grande université offrira aussi de belles opportunités d’évolution de carrière, de formations à de nouveaux métiers ou de mobilité interne. C’est une richesse qui est offerte et il n’y aura pas de mobilité imposée aux personnels. Au niveau des métiers, des fonctions stratégiques et de coordination vont être créées, certains se saisiront peut-être de ces opportunités pour évoluer.